Si faire l’amour c’était du sport, on serait déjà champions — mais hélas, une médaille au lit ne remplace pas une séance de fractionné. Alors, pourquoi la sexualité ne se fond pas aisément dans la catégorie « activité physique comme les autres » ? Allons titiller la question, avec envie mais sans chrono !
Sexe et sport : un couple improbable ?
Tout le monde a déjà vu ces titres dans la presse qui promettent de vous muscler à coups de câlins et de calculer le nombre de calories brûlées par embrassade. On parle même parfois de transformer le sexe en discipline olympique : une Fédération suédoise du sexe a bel et bien vu le jour en 2016 ! Elle a tenté, en 2023, d’être reconnue par la Confédération suédoise des sports, mais, petit coup de mou, sa demande a été refusée. Cela n’a tout de même pas empêché l’organisation d’un « championnat mondial du sexe » en 2024. Officiel ? Non. Amusant ? Sûrement. Pertinent ? Eh bien… parlons-en.
Plaisir partagé ou performance chronométrée ?
Si la question peut faire sourire, elle soulève surtout la confusion entre bien-être, plaisir partagé et esprit de compétition. Est-ce qu’on peut vraiment comparer l’intimité sexuelle à une séance de sport ? Le Dr Gilbert Bou Jaoudé, médecin sexologue, tient à rappeler les différences fondamentales entre sport et sexualité :
- Impossible de se forcer à « bien » faire l’amour, alors qu’on peut toujours se traîner jusqu’à la piscine ou au foot par pure discipline.
- Le sport, c’est des règles, des horaires et des objectifs : médaille, score, record personnel. Le sexe, lui, devrait se fixer comme seul objectif… de passer un bon moment ensemble. Peu compatible avec une compétition !
- En sport, on mesure tout : temps, distance, poids soulevé, etc. Qui garde le chrono sous l’oreiller ? Personne (du moins, on espère…)
Résumer la sexualité à la performance ou à un programme sportif, c’est risquer de faire naître l’angoisse du résultat, au détriment du plaisir. Insista Bou Jaoudé, vivre l’intimité comme une check-list à valider, c’est le meilleur moyen de transformer un moment de complicité… en examen d’agrégation. Et de donner à son ou sa partenaire la sensation qu’on « accomplit quelque chose » au lieu de partager un instant.
Positions et inspiration : vive la liberté !
De là à confondre le Kamasutra avec un manuel de Pilates, il n’y a qu’un pas — que certains guides franchissent… allègrement. Doit-on alors réussir au millimètre la « posture du lotus inversé » comme son gainage ? Non. Bou Jaoudé invite à ne pas devenir l’esclave d’un guide. On puise l’inspiration, on garde la liberté de zapper quand on veut, le but étant de prendre (et donner) du plaisir, pas de performer ni de viser la progression méthodique.
Si les sexologues recommandaient toujours « comme vous le sentez, comme vous voulez », ils seraient d’ailleurs de biens mauvais coachs sportifs. Ce qui, en sexualité, fait justement tout leur charme, non ?
Les vrais bienfaits : hormones et plaisir, oui ; muscu, pas forcément
Reste que, oui, faire l’amour (quand on en a envie, et que c’est chouette et consentant) a des effets bénéfiques pour le corps et l’esprit :
- Le plaisir sexuel augmente le rythme cardiaque, la tension, la respiration – un effet cardio, même pour les adeptes de la position « étoile de mer ».
- Le sexe stimule la production de testostérone et de DHEA (hormone à la réputation antivieillissement), utiles au maintien de la forme musculaire.
- Des molécules comme la dopamine ou l’ocytocine favorisent le bien-être et la confiance en soi.
- Une sexualité épanouie, c’est aussi se sentir désiré et désirable.
Mais attention : Bou Jaoudé nuance. On dit souvent que sexualité rime avec bonne forme physique… ou l’inverse ! Alors, qui de l’œuf ou de la poule ? On ne tranchera pas ici, mais on garde l’idée qu’il vaut mieux se faire du bien sans pression inutile.
La prochaine fois que les JO vous feront vibrer, peut-être profiterez-vous de ce que le sexologue appelle « stimulation du supporter » pour quelques moments torrides. La tension qui monte, la victoire, l’explosion de joie… Il y a là une petite analogie avec l’orgasme, non ? Que ce soit au lit ou en encourageant son équipe, on partage avant tout… un bon moment.



