Vous les voyez, ces visages sereins et ces sourires entendus du matin ? Ce n’est pas (que) la magie d’un café triple : certains parisiens ont trouvé un carburant bien plus subtil pour changer leur vie, chaque jour à l’aube. Le secret ? Ils pratiquent le yoga kundalini, cette technique aussi mystérieuse que puissante, qui fascine les uns et inquiète les autres. Entrez avec nous dans le Studio Keller, dans le XIe arrondissement, là où l’énergie vibre bien plus fort que les ondes wifi des voisins.
Au cœur du rituel : le kundalini yoga, mère de tous les yogas ?
Dans une vaste salle au parquet qui brille plus que la peau d’une influenceuse sortant du spa, Nafissa et une dizaine de compagnons de tapis s’installent, prêts pour une séance de 1h30 qui n’a rien de classique. Oubliez les salutations au soleil et le chien tête en bas. Ici, le vrai boulot est intérieur : il s’agit de travailler l’esprit pour développer son potentiel et atteindre, soyons ambitieux, la version « premium » de soi-même.
Le kundalini yoga, ou « yoga de la conscience », a débarqué aux États-Unis dans les années 1970 grâce au maître indien Bhajan. Pour la professeure Caroline Bénézet, cet art a été une révélation : découverte lors de ses années de mannequinat à New York en 1997, elle enseigne maintenant depuis huit ans et ne jure que par cette discipline, qui selon elle : « relance le système nerveux, lymphatique et digestif. On revit. » Rien que ça !
Le déroulement d’une séance (préparez-vous à respirer fort)
Le cours débute avec Caroline, silhouette gracile toute vêtue de blanc, qui avertit les participants : « stresser le corps pour le déstresser » est la devise.
- Échauffements physiques et respiratoires pour harmoniser l’énergie du groupe : on retient son souffle, on contracte son périnée, puis on relâche tout (sans perdre ses moyens, c’est l’idée).
- La « respiration du feu » : rythme effréné, deux à trois cycles par seconde, sans pause. Lili Barbery-Coulon, blogueuse et accro récente à la discipline, compare cela à un entraînement fractionné pour le cœur.
- Viennent ensuite les kriyas : séries de postures les yeux fermés, ponctuées de courts instants de relaxation pour « intégrer les effets ».
- La séquence se corse : turban blanc sur la tête, mantras chantés en sikh, mouvements de bras pour jeter de l’eau imaginaire par-dessus l’épaule. Une salle qui psalmodie ensemble, ça fait son petit effet !
Après deux exercices de méditation active (de onze minutes, mais qui en paraissent parfois vingt…), la séance se termine allongé sur le dos pendant une douce chanson folk. Résultat ? Certains ont des fourmis dans les membres, d’autres une envie irrépressible de pleurer ou de rire. Mais tous, assure Nafissa – créatrice très stressée de cosmétiques – se sentent « mieux et moins envahis par leurs pensées ».
Pourquoi ça change la vie ? Énergie, émotions et (un peu) d’abdos
Le kundalini se démarque par son approche : il fait circuler une énergie puissante, censée partir du sacrum et remonter la colonne vertébrale, éveillant sur son passage le fameux « troisième œil ». Pour Caroline, « quand l’énergie atteint le cœur, on est dans l’‘état amour’, quand elle arrive au troisième œil, la conscience s’élève ». Lili affirme que, depuis qu’elle pratique, elle se sent « plus réceptive aux émotions, plus consciente des choses ». Les bénéfices ne s’arrêtent pas là :
- Libido relancée, surtout chez les femmes d’un certain âge (envie de faire l’amour en quittant le cours possible, mais rien n’oblige à se jeter sur le premier tapis venu…)
- Ventre plus plat et tonicité accrue, le travail du système digestif et musculaire porte apparemment ses fruits.
- Lutte contre les addictions (tabac, mauvaise alimentation), certains anciens ont même vu disparaître ces mauvaises habitudes.
Mais attention : la puissance du kundalini n’est pas sans risque. Sur les forums, certains évoquent des insomnies, des dépressions ou une peur de perdre la raison lors de montées d’énergie incontrôlées. Caroline raconte avoir elle-même vécu une mauvaise expérience : « J’étais mal pendant deux semaines, avec des sensations de paranoïa. »
La prudence s’impose : tout le monde n’est pas prêt à décoller
Comme le souligne Lili Barbery-Coulon, ce n’est « pas un yoga à pratiquer avec n’importe qui ». La discipline, surtout mal encadrée, peut être dangereuse – certains maîtres tibétains rapportent même des cas dramatiques de montée de kundalini non maîtrisée. Bref, travailler sa conscience, oui, mais pas au point de se perdre en chemin.
Au final, suis-je sortie de là avec le troisième œil grand ouvert ? Pas vraiment. Mais une chose est sûre : j’ai eu envie de revenir. Et si, finalement, le changement ne tenait qu’à cette régularité matinale, à ce petit pas quotidien vers soi-même…
Conseil : si vous tentez l’aventure, trouvez un guide expérimenté et écoutez vos ressentis. Changer sa vie, c’est bien, mais pas à perdre la boule !



